Edito de Fred Sechet

edito mai 2015 : la nage en mer

Edito de mai : La nage en mer

Les beaux jours arrivant certains d’entre vous vont partir en WE ou en vacances sur les bords de mer et la question va se poser: pourquoi ne pas tenter l’aventure ?

L’aspect psychologique :

La nage en mer, c’est quelque chose de particulier, soit on est à l’aise rapidement soit on ne le sera jamais. Quand on fait passer le baptême de plongée, on voit tout de suite les gens qui oublient qu’ils sont sous l’eau de ceux qui ne sont pas à l’aise. Il ne faut pas longtemps pour voir ceux qui vont faire « carrière » en plongée.

On peut faire un travail psychologique sur soi mais bon, si ce n’est pas votre truc, il ne faut pas insister. Perso, la 1ere fois que j’ai pris Space Mountain à Disneyland, j’ai passé le reste de la journée les bras en croix dans l’herbe, la tronche toute pâle, bon inutile de vous dire que ce n’est pas mon « truc » les montagnes russes, là c’est pareil….

Cela n’a rien à voir avec son niveau intrinsèque de nageur. Je connais une personne qui nage depuis l’âge de 5 ans et qui ne peut pas nager en mer parce qu’il n’y a pas de bord comme à la piscine….

Un autre problème peut survenir, c’est l’absence de visibilité par rapport à la piscine. En piscine on voit les carreaux au fond, les pansements et les miasmes qui flottent. En mer dans certains cas on ne voit pas ses mains !

 

La sécurité :

En mer on ne nage jamais seul. Il faut toujours être accompagné et j’irai même plus loin en disant qu’il faut être accompagné par un bateau. En effet, pour ceux qui ont déjà essayé le test du mannequin, il est très difficile de ramener quelqu’un sur la plage. Surtout que là, on n’a pas de palmes. Il y a de forte chance, sans bateau, que cela finisse par 2 noyades.

Les bateaux :

Il y le bateau à moteur, type Zodiac. Ce sont les plus sûrs au niveau sécurité mais il présente l’inconvénient de ne pas pouvoir circuler dans les zones de baignade et des 300m (grosses sphères jaunes d’1m de diamètre pour ceux qui ont le permis bateau) et pour le nageur il y a l’odeur et le bruit du moteur quand on met la tête sous l’eau. C’est jouable, il faut que le bateau soit légèrement au-delà des 300m et le baigneur soit légèrement à l’intérieur.

Il y a le canoë de mer, pas la peine de s’appeler Mathieu pour naviguer sur ce type d’embarcation. Il peut circuler dans la zone de baignade et des 300m, pas d’odeur et pas de bruit…. L’idéal.

Dans l’embarcation, il faut un « capitaine » qui aura un gilet de sauvetage sur lui, des lunettes de soleil et un chapeau, si il ne veut pas finir cramé de la tête ! Un deuxième gilet de sauvetage, une bouée accrochée à un bout (prononcer boute), une fusée de détresse, une corne de brune et une bouteille d’eau. Une boite isolante avec téléphone portable et clé de voiture, le tout accroché au bateau. Chercher ses clés de bagnoles dans la mer, revient à chercher une aiguille dans une botte de foin !

On prévient toujours une tierce personne de son heure de départ et de son heure approximative de retour.

Vous pouvez aller faire un tour à la capitainerie ou au local des sauveteurs, ils sont assez sympas avec les nageurs. Vous prendrez comme info principale la couleur du drapeau, température de l’eau, les vents et marées.

Rappelons que :

Pas de drapeau : baignade non surveillée

Drapeau vert : baignade surveillée

Drapeau orange : baignade dangereuse

Drapeau rouge : baignade interdite

Ne préjuger jamais de vos forces, on ne gagne jamais contre les éléments, il vaut mieux quelque fois remettre une sortie au lendemain.

Mais au fait, on se baigne quand…. On se baigne toujours à la fin de la marée montante et à l’étale. On ne choisit pas son parcours en mer, comme en plongée, on part toujours face au courant. Dans le cas ou vous faîtes un triangle, la bordée parallèle à la plage se fera dans le sens du courant (L’année dernières le LD de Deauville est parti dans un sens et le lendemain le CD est parti dans l’autre sens, inversion de courant dans la nuit…), ainsi vous ne prendrez jamais le courant pleine face.

 

Le matos :

Il faut une combinaison, un bonnet de bain, des lunettes ou masque de natation, des bouchons d’oreille spécial natation (sinon bonjour les otites !). Perso, j’ai une préférence pour le masque, pas tellement parce que c’est plus confortable mais parce qu’il couvre plus le visage, donc principalement pour lutter contre le froid au visage. On prendra soin de mettre ses lunettes sous le bonnet parce que si vous perdez vos lunettes, vous êtes mal… Pour mettre sa combi et surtout la défaire, une seule méthode (il doit en exister d’autre), le déboitage d’épaule ! Franchement c’est le moment le plus galère….

 

La nage :

C’est parti, votre bateau, vous attend. Vous vous élancez, la ligne de flottaison légèrement en dessous des genoux et c’est parti en position verticale…. Vous ne connaissiez que la piscine et là vous prenez conscience d’une chose. C’est qu’il n’existe pas 4 nages différentes mais belle et bien 5 nages différentes. La nage en mer est une nage bien spécifique, beaucoup au feeling. On peut pour commencer prendre sa respiration côté opposé aux vagues mais après c’est vraiment à la sensation…. Pour la petite histoire, sur mon premier triathlon, un triathlète de Levallois (novice très certainement comme moi), un peu anxieux en regardant la mer, demande à son entraîneur si il faut mieux nager du 2 temps ou du 3 temps et la réponse de l’entraîneur : « t’as vu la taille des vagues ! Tu vois la bouée au loin, 2 temps ou 3 temps bah tu te démerdes pour arriver jusque là bas ! » Je trouve que cela résume bien la situation. La nage en mer, c’est l’école de la débrouille…

 

On doit également beaucoup plus contrôler sa trajectoire, entre les vagues, les courants et le vent, on a vite fait de partir de travers. La meilleure technique c’est le Crawl polo avec visualisation de la bouée, un bon battement des pieds pour se redresser. Pensez à ne pas respirer pendant cette manœuvre ! Quand vous aurez essayé vous comprendrez pourquoi…. La tasse, ça aussi vous n’y échapperez pas….

 

Le froid dans le cas ou vous nagez dans le nord du pays :

La principale difficulté avec le froid en mer est la respiration, plus l’eau est froide, plus le phénomène de vasoconstriction est important ce qui n’arrange pas la broncho dilatation nécessaire à la respiration. Les triathlètes du North Race parlent d’un étau. C’est tout à fait cela, en fait votre capacité respiratoire va être considérablement réduite. On s’essouffle plus vite et contrairement à la course à pied ou on respire quand on veut, là il faut trouver le rythme, qui sera nécessairement plus rapide qu’en piscine. A 15°C, un trois temps en crawl va correspondre à un 5 temps en piscine et encore je ne suis même pas sûr! Tout est plus difficile, les mouvements où on est obligé de monter les avant bras plus haut pour éviter d’accrocher la main dans l’eau avec les vagues. Certains nagent même bras tendu vers le haut ! j’ai vu cela sur le triathlon. Tout le travail technique de précision de la natation, on l’oublie, déformer la bouche pour limiter au maximum de bouger la tête, raser l’eau avec la main, tout cela n’est pas possible en mer…. Plus la mer est mauvaise et plus c’est Rock and Roll !

Au niveau du visage, on peut ressentir les mêmes sensations d’étau, un peu comme en été quand vous mangez une glace trop rapidement, vous ressentez une douleur dans le crâne, c’est pareil !

Les extrémités doigts et orteils, on ne les sent plus donc pas de problème. C’est au niveau de la transition avec le vélo que c’est marrant quand tu ne sens plus tes pieds….

Le côté plus facile est la flottabilité entre une mer salée et le port de la combi par rapport à la piscine.

Je me suis amusé à comparer les temps des meilleurs sur le triathlon de Deauville versus autre triathlon. Les meilleurs ont mis 28min30 pour faire 1500m quand il ne leur faut que 21min sur un autre triathlon. Et quand tu sais qu’en plus c’est un parcours à l’australienne et que tu reprends du temps quand tu cours sur la plage. C’est dire si la natation en mer est compliquée. Vous imaginez pour une brèle comme moi !

 

Avant de vous engagez dans une mass start, je vous conseille quand même de faire plusieurs séances en mer parce que si tu rajoutes à tout cela les coups de pieds et de poings inhérent au triathlon, on peut rapidement paniquer…. Mais, moi je m’éclate dans ce joyeux bordel ! Si je devais retenir une image de mon 1er triathlon, c’est les 1ères minutes de la mass start, franchement c’était génial !

 

Bonne baignade !

 

Fred, La loutre du 93