Edito de Fred Sechet

Hommage à Philippe

Hommage à Philippe

Vous avez tous des souvenirs de Fifi et moi aussi et c’est de cela que je souhaite vous parler…

 

p1050693Tous les deux, on avait un rituel. On arrivait souvent en avance aux entraînements, pendant qu’il se changeait dans les toilettes pour passer de sa tenue de ville à sa tenue de sportif, on discutait de tout et de rien et de mes éditos. J’envoyais à Fifi mes éditos pour qu’il les mette sur le site et il aimait bien me les commenter… il me disait « qu’est ce que je me suis marré, j’ai lu ton édito au bureau et qu’est ce que je me suis marré ! ». Son édito préféré c’était celui du facteur, celui là il n’arrêtait pas de me le raconter et il me disait « qu’est ce que je me suis marré », c’était ça sa phrase, il la répétait sans arrêt…. C’est pourquoi, j’ai décidé de faire un papier pour Fifi. J’aurai pu choisir la solution de facilité en vous lisant cet édito mais ca aurait été trop facile, je voulais une histoire avec lui….

 

Depuis que nous avons appris son décès, nous avons fait un moment de recueillement au stade pendant l’heure de l’entraînement vendredi dernier où chacun a pu évoquer des souvenirs. Il y a eu la reprise de l’entraînement lundi où tu crois encore à une mauvaise blague. Tu montes les marches qui vont au stade et tu entends sa voix, son rire et puis tu te retournes et il n’est pas là, alors tu culpabilises d’être dans le déni et tu chiales….

 

J’ai essayé de coucher un texte mais j’étais dans la retenue. Je vous donne un exemple, mercredi les toilettes pour homme était en dérangement et pendant qu’on attendait pour accéder aux toilettes des dames, j’avais envie de dire : « c’est Fifi, avant de se barrer, il nous a privatisé les chiottes ! ». Et puis t’as peur d’être jugé, de lui manquer de respect, alors tu te tais, tu dis rien. Et je pense qu’il n’aurait pas aimé ça, je pense qu’il aurait aimé qu’on continue à déconner…

 

J’ai fait 3 papiers, l’un concernant les marathons relais, un autre concernant le marathon du Mont Blanc où ils nous avaient fait découvrir le trail avec Jean-Luc et enfin un papier sur le marathon de Rome, où Annie a fait sa première course… C’était pas mal écrit mais c’était pas drôle et lui ce qu’il aurait voulu  avant tout c’est qu’on se marre. Hier Annie m’a dis tu nous écrit quelque chose mais il faut que ce soit drôle, ouais bah c’est pas facile…

 

Je suis rentré chez moi, passé au super U, acheté un paquet de mouchoirs, parce que j’ai beaucoup pleuré et en arrivant à la caisse je me rends compte qu’au lieu d’avoir pris un paquet de mouchoirs j’ai pris un paquet de tampax, tellement j’étais dans le gaz, je pense que ça, ça l’aurait fait marrer. J’ai fait une sortie en vélo parce que j’avais besoin de prendre l’air et j’ai foutu en l’air mes écrits. Je me suis mis devant l’ordi, la page blanche, pas d’idée…

 

J’ai mis une chanson que j’aime bien quand j’ai le bourdon, c’est « Can I play With madness » de Maiden et je me suis dis à la fin de la chanson tu sors ton texte. Pendant cette chanson, j’ai pensé à lui, à nous, au club, aux bons moments…. Je me suis dis, il faut que tu trouves un sujet qui parle à tous, une histoire fédératrice. Que l’on fasse de l’ultratail comme lui, du trail, et des mini trails…. Que l’on fasse des 24h comment Fred Ravier, sa femme et Denis prochainement, que l’on fasse des 100 bornes comme Lolo Fontaine, des marathons mais là je ne peux pas tous vous citer, des semi, des 15km ou des 10km voir même des 5km sur piste, car on a aussi un spécialiste du 5km sur piste et même ceux du cross… J’ai cherché et puis j’ai trouvé, ce qui nous rassemble tous ce sont les courses du challenge du Val de Marne.

 

Vous êtes nombreux à me demander ce qui est vrai et pas vrai dans mes histoires mais finalement on s’en fout, ce qui importe c’est que cela vous fasse marrer comme dit Fifi. En tous cas une chose est sûre, c’est que cela part toujours d’un fait réel, et pour celui là, le fait réel, c’est la grande amitié que j’ai pour Philippe.

 

Je voulais une histoire ancienne, un temps où la casquette de Didier était neuve, car oui Didier n’a pas toujours couru avec une casquette toute pourrie sur la tête. Cette casquette, elle est comme nous, elle a vieilli et elle a accumulé des souvenirs. Je voulais que tout le monde soit représenté, que cela fasse plus de 10 ans que vous êtes au club où que vous êtes là simplement depuis 5 mois, c’est pourquoi il y aura des asynchronismes et des approximations car c’est un condensé de souvenirs de courses et après tout on s’en fout… j’ai commencé à mettre « hommage à Philippe » et puis ca lui aurait pas plus alors j’ai viré le titre et je suis parti….

 

Edito de janvier 2017 : Les 15km du Perreux

 

C’est à mes débuts au club, l’une des premières courses que j’ai faite, nous sommes tous là au départ et il y a Fifi qui en père attentionné me prodigue une multitude de conseils, ne part pas trop vite, soit régulier sur tes kilo, ne saute pas de ravitaillements, un peu nerveux il me rassure….. et le départ est donné. « Faites ce que je dis pas ce que je fais », il part comme une balle avec sa petite foulée caractéristique et l’ensemble du peloton s’élance…

 

 Au bout de 2km, je vois Fifi sur le bas côté pour l’une de ses nombreuses pauses pipi, il faudrait d’ailleurs dire deux mots à son urologue, et j’arrive à sa hauteur et je l’interpelle « jette la, elle fuit… », Le peloton encore compact en ce début de course explose de rire. Il se retourne de ¾ quart et voit que c’est moi, et il me répond : « attends petit con tu vas voir ton cul si je te rattrape ! ».

 

Les kilomètres défilent et j’ai Philippe qui me rattrape qui me pince la fesse et qui me dépose, car c’était quelqu’un qui a toujours eu un bon niveau en CAP, en tout cas bien meilleur que le mien. Je l’ai pendant un bon moment en ligne de mire dans ce maillot qui nous caractérise de couleur rouge Pinder et puis à la faveur d’un virage, je le perds de vue…. Je rattrape Christine, car Christine elle part toujours beaucoup trop vite et je lui demande si elle n’a pas vu Fifi, elle me dit « je crois qu’il est derrière » et moi qui pensait qu’il était devant ! Je rattrape ensuite Patrick qui part aussi trop vite et lui me dis que Fifi est devant, bref personne ne sait exactement où il est sur la course….

 

A 3 bornes de l’arrivée, alors que je commençais à avaler la trompette… c’est pour l’histoire, vous l’avez compris, car je n’ai jamais coincé sur mes fins de courses… donc à 3 bornes de l’arrivée, alors que la foulée commence à être approximative, qui je vois surgir de l’arrière ? Philippe. Voyant que j’étais à la ramasse, il me dit « aller viens, je t’emmène jusqu’à l’arrivée ».

Nous franchissons la ligne d’arrivée, il me félicite, me dit que j’ai bien couru et puis Morgan arrive, car Morgan arrive toujours derrière moi sur les courses, il le félicite aussi, le congratule, lui dit qu’il a fait une bonne course, c’était ça aussi Fifi, il savait être hypocrite. Et puis on se restaure, on discute, le temps passe, et puis on se restaure et on discute à nouveau et enfin le groupe de Didier, Franck, Jean-Luc et Christian arrive et il les félicite…

 

Dans mon histoire, on franchit tous cette ligne d’arrivée et on est accueilli par Philippe, Denis notre président, Jean-Pierre qui même si on ne le voit pas, on l’entend, Haudrey qui ce jour-là ne s’est pas cassé la gueule, Jean-Luc Ionescu qui avait déjà mal quelque part, Bruno aussi est là, les fusées du club, Franck notre entraîneur de toujours, Arnaud, Sébastien et Florence qui ont déjà pris leur douche, vous êtes tous là, je peux pas tous vous citer, mais dans mon histoire vous êtes tous là…. Yann est là aussi…. A non, excusez-moi Yann, il n’est pas encore arrivée, faut pas déconner, faut quand même que mon histoire soit un peu crédible…

Après les congratulations de Fifi, viennent les bisous d’Annie, elle est là elle aussi, elle nous félicite…

 

Nous étions tous là pour cette compétition et Jean-Pierre savait trouver les mots pour nous motiver de sa voix grave et caverneuse « Vous vous démerdez comme vous voulez mais cette année, on ne finit pas dernier du challenge, j’en ai marre qu’on se foute de ma gueule aux réunions du comité ! », On était tous là pour marquer un maximum de points pour le challenge du Val de Marne, nous étions tous là pour nous arracher sur chaque kilomètre pour défendre les couleurs du club…..

 

Attendez Fifi me parle, comment ça je raconte des conneries… t’es sûr… je ne peux pas leur dire cela, ça va les vexer. Tu t’en fous, ça te fais marrer. Bon ok Philippe… En fait si on est aussi nombreux sur cette course c’est juste parce que les courses du challenge du Val de Marne, elles étaient gratos, bande de crevards !

 

J’aimerai revenir sur le moment de recueillement de vendredi où Haudrey a dit quelque chose de très sensé…. derrière vos regards embrumés, je perçois de l’incrédulité, vous êtes vaches les copains. Je reprends donc, Haudrey a dit quelque chose de sensé ! Elle a dit le SCAB, c’est plus qu’un club sportif, c’est une famille. Elle a raison puisque j’ai toujours considéré Corinne comme ma Maman… et puis Philippe, bah c’était notre père à tous….

 

Comme vous pouvez le constater je suis venu en basket, pas par manque de respect mais parce que je pense que ca l’aurait fait marrer….

 

 

Fred Sechet