Hors Stade 2017

L’Embrunman

Le Projet

Août 2016, Vincent revient d’Embrun en ayant effectué le M, et lance le projet de faire le XXL l’année suivante… Il trouve un « couillon » pour l’accompagner dans cette aventure dantesque. Un concours de circonstance fait que je peux me libérer du temps…. sur les 6 mois qui précèdent l’épreuve. C’est donc l’occasion ou jamais !

Parallèlement à ça, mon adjointe nouvellement abonnée à sfr, a gratuitement sfr sport pendant un mois, le mois d’août et me parle d’un triathlon de barjots qui a lieu le 15 août. « Où ça, je lui demande ? », « Dans les alpes » me répond-elle. Bon, je vous raconte pas sa tête quand je lui ai dis que je le ferrai l’année prochaine…

 

La Préparation :

Je voulais vraiment me donner les moyens de finir cette magnifique course, et donc une préparation qui va avec :

Du 1er janvier 2017 jusqu’à l’Embrunman en volume :

  • Course à pied : 1300km
  • Vélo : 5600km
  • Natation : 136km

courses de préparation :

  • CAP : semi de Vincennes, marathon de Vérone, semi d’Antony avec Fred, marathon de Paris, 10km de Noisy avec Isa
  • Cyclo : Megève Mont Blanc (+1h30 de CAP), L’étape du tour (+10km avec Haudray)
  • Triathlon : Deauville avec Vince

Compte tenu de mes aptitudes sportives, mon seul objectif sur une course comme celle-là est de finir et sans marcher si possible, je dois déjà beaucoup m’entraîner pour finir un marathon alors pour finir l’Embrunman, il fallait encore faire plus. De cette préparation, j’ai juste un regret, c’est celui d’avoir essayé de faire le marathon de Paris en chrono, c’était une erreur. Tous les bouquins de triathlon le disent, on ne peut pas faire un marathon en chrono au Printemps quand on prépare un IronMan… J’ai testé, j’ai merdé et j’ai perdu un mois de préparation pour récupérer de ma connerie mais c’est pas grave, j’apprends !

La course :

Comme le départ est donné très tôt le 15 août à 6h du mat’, on dépose nos vélos au parc la veille de la course, certain passe au contrôle anti-dopage… ils avaient le choix entre contrôler le gars ou le vélo, vu ma tronche, ils ont décidé de plutôt contrôler mon vélo en vérifiant l’absence de moteur dans le cadre. A noter que le père Payen, avec sa tête de 1er de la classe, n’a lui subit aucun contrôle, je dis ça, je dis rien ! Petite déception puisqu’avec Vince on n’est pas à côté mais chacun au bout d’une allée mais bon pas grave… Chacun devra se préparer dans son coin. On pose nos vélos et on récupère la « caisse à poissons» où l’on mettra tout notre matériel pour effectuer le triathlon. A noter que les arbitres ont été plutôt cool car sur la fin de course, c’était vraiment le bordel dans le parc !

Nous rentrons à l’appart tranquillement, pasta party et c’est le début pour moi, d’une longue nuit sans sommeil. C’est la première fois que j’ai aussi peur de l’abandon. Je sais que de moi même, je n’abandonnerai pas mais je cauchemarde qu’un médecin de la course m’oblige à arrêter…

Réveil prévu 4h30 mais bon comme j’ai pas réussi à m’endormir, j’attaque dès 4h15 quand à la loutre (surnom de Vince), elle a dormi comme un loir… Petit déj’ copieux et direction Embrun et son parc à vélo, comment dire c’était un peu silencieux dans la bagnole. Dépôt de la caisse et enfilage de la combi puis direction le départ sur de l’herbe glacée, Les féminines partiront à 5h50, soit 10min avant nous.

La natation (3800m):

On se place au milieu du peloton avec Vince… et 6h pétante, le départ « masse start » est donné pour une longue, très longue journée de sport, l’Embrunman est lancé !

Alors que Vince décide de faire l’extérieur, je décide de prendre les bouées à la corde, 3800m, c’est déjà bien suffisant pour ne pas en rajouter. Ça bouchonne un peu mais cela ne tape pas comme sur un half, chacun sait que la journée serra longue.

Après 500m de nage, le peloton commence à s’étirer et je peux enfin poser ma nage. J’applique tous les conseils de Christophe, mon niveau ne me permettant pas d’être dans les premiers, je cherche avant tout à nager à l’économie en imprimant le rythme « machine à écrire » un coup de bras avec un coup de pied juste pour faire balancier, 2 temps pour être sur de ne pas m’essouffler, en m’appliquant sur mes appuis en essayant de penser à bien casser le coude. Je suis hyper bien dans l’eau et ne voit pas la distance défiler, prends le temps d’observer un drone au dessus de nos têtes qui en fait se révèlera être une mouette. Je sors de l’eau plus détendu qu’au départ en 1h13’08 donc plutôt satisfait. Petit échange sympa avec Vince au parc qui rentre 2’ avant moi et est déjà prêt à enfourcher son vélo. Je me change à mon tour et prends le temps de mettre une ceinture cardiaque car j’ai décidé de faire la partie vélo au cardio et c’est parti pour 188km et 3800m de dénivelé en vélo…

Le Vélo (188km et 3800m de dénivelé avec col de l’Izoard) :

Quelques centaines de mètres de plat et c’est parti, on attaque déjà la première côte. Les jambes me semblent bonnes mais j’ai un gros problème… le cardio ne suit pas ! Je culmine à 160pul/min, donc je ralenti et forcément je me fais énormément doubler et le cardio qui ne descend pas. La course étant très longue, je décide de rouler à minima en attendant que cela redescende, les jambes sont  correctes mais j’ai peur de me mettre dans le rouge. Encore maintenant, je ne sais pas si c’était une erreur et de toute façon on ne le saura jamais… Je profite de la course et du paysage, malgré une fréquence cardiaque élevée, je suis bien. Après 2h de course, le cardio descend enfin dans ma zone 2 dite de confort à 130puls/min. Je roule donc normalement à 130 sur le plat et 140 dans les côtes. Je commence à redoubler des concurrents, qui m’ont doublé (logique !), dans l’Izoard tout en restant décontracté dans mes puls’.

Un peu trop décontracté puisqu’au sommet de l’Izoard, je passe avec seulement 25min de la barrière horaire ! Un truc que j’avais complètement zappé.

La descente vers Briançon, impeccable, un peu gêné par les voitures et certains concurrents qui prennent des trajectoires catastrophiques mais bon risque zéro, pas envie de me gaufrer. Bon, je comprends que je dois un peu m’agiter si je ne veux pas être pris par les barrières, mon cardio m’autorise à appuyer un peu plus sur les pédales (pige toujours rien!) et je double surtout sur les parties plates face au vent. Je remets systématiquement le petit plateau sur les faux plats montants (conseils de Vince) ce qui donne une forme de chasser-croiser avec certain concurrent, je double sur le plat et me fait doubler dans les côtes. L’un d’entre eux me dira au moment de me doubler dans une côte « putain, t’as pas choisi le bon triathlon ! » et je lui réponds « t’inquiètes, je reste dans mes puls ! », Que du plaisir pour l’instant, juste un casse couille qui en moto, a photographié son pote sur une 20aine de km, forcément un peu pénible, je m’arrête, je prends en photo mon pote, je redémarre etc, pot d’échappement de sa moto sur 20 bornes, l’air pure de la montagne !

Pallon se passe bien et je n’ai pas de signe de lassitude, un peu inquiet pour la barrière horaire mais sinon tout est impeccable,

Après 170km de vélo arrive le moment le plus difficile mentalement, on arrive sur Embrun et on voit certains concurrents courir alors que toi, il te reste 18 bornes de vélo avec les 8km de Chalvet. Tu commences à grimper, donc t’en a plein le cul et tu demandes à un bénévole « C’est encore loin le sommet? » « 1500m qu’il te dit » sauf qu’il te reste 5 bornes, t’as juste envie de le bouffer. Je garde un bon souvenir de cette côte car à mon niveau, on est tous plus ou moins à la ramasse et alors que je monte à côté d’un mec, il balance « Mais comment on va faire pour courir ! » on est tous cuit mais on en rigole…. J’ai d’ailleurs trouvé beaucoup de solidarité à l’arrière de la course, certains donnant des infos sur la barrière horaire mais bon rien d’officiel. La barrière officielle, je l’aurai en haut de Chalvet, les bénévoles nous rassurent « c’est bon les gars, vous êtes à 40min de la barrière, ne prenez pas de risque dans la descente ! », tu m’étonnes, alors que tu penses souffler un peu, tu te tapes une descente sur une route toute pourrie, nids de poule et graviers dans les virages, pour respirer on repassera ! J’arrive au parc à vélo avec 45min sur la barrière horaire.

Transition 2 (12min, mort de rire!) :

Un peu rassuré par la barrière horaire, je décide de prendre mon temps. Transition éclaire, c’est pas pour moi ! Je me change complètement pour la partie CAP, de la tête au pied, même les chaussettes ! Pendant que 2 kinés me massent les jambes, je prends une collation. Ils insistent sur les cuisses mais je leur dis que c’est surtout mes voûtes plantaires qui sont explosées après 188 bornes de vélo. Pas de problème, ils ont l’habitude me disent-ils et ils me font un massage des pieds juste monstrueux. Ils commencent par faire craquer les orteils, un « roulis » des orteils puis derrière un massage de la voûte plantaire en appuyant très fermement avec leurs phalanges… ils me remettent la circulation sanguine en route ! « c’est bon ? On continue ? » Et je leur réponds « les gars c’est super agréable votre massage mais j’ai un marathon à faire ! » rigolade dans le parc à vélo… Je repars et j’arrive devant l’arbitre, connerie, j’ai posé mon dossard-porte dossard sur le vélo pour me changer et j’ai oublié de le reprendre, je gagne un tour de parc à vélo gratos…. Bon 2ème passage, c’est le bon, en passant devant l’arbitre, je lui demande combien j’ai de temps pour faire le marathon et il me réponds qu’il arrête le chronomètre à 21h15… comme je ne sais pas quelle heure il est, cela ne m’avance pas à grand-chose… C’est parti pour la course à pied maintenant...

Course à Pied (42,195km) :

Autant le dire tout de suite, l’objectif c’est de finir ! Je pose le vélo avec les derniers et ne sais absolument pas comment mes jambes vont réagir… Dès la sortie du parc, je suis frappé par le nombre de « marcheurs ». Pour moi, le but c’est quand même de faire le maximum de distance en courant !? Les mecs, ils mettent tout sur le vélo (pour les derniers évidemment) et finissent en marchant !?

Après 3 bornes, les jambes ne sont pas trop pourries et je double des « grappes » de triathlètes ce qui est bon pour le moral ! Au fur et a mesure de l’avancé sur la boucle, je croise nos supporters qui me disent « tu nous a fais peur ! ». Ca va, je fais ce que je peux les copains ! J’ai la barrière horaire au cul, je le sais, ça doit faire 5h que c’est comme ça… Puis, je croise Vince a plusieurs reprises, et il avance le mec ! Et là, c’est encore du plaisir, à mon allure on se fait pas trop mal, on avance, on avance en se foutant complètement du chrono. Sur ma 2ème boucle, je sais que ce serra bon, je ne serrai plus pris dans la barrière.

A 15 bornes de l’arrivée, tout bascule, je passe brutalement du mode « plaisir » au mode « dépassement de soi ». Je suis pris de violentes nausées qui se transforment rapidement en vomissements, disons le sobrement, je dégueule mes tripes. Au début, ce sont les derniers ravitos et puis après c’est la bile et là purée ça fait mal ! A partir de cet instant, je ne peux plus rien avaler, ni ravitos, ni même de l’eau sans que cela me déclenche de violents vomissements. Je passe devant un véhicule de secours avec l’un des médecins de la course qui arrête un concurrent en pleur et je me fais la réflexion de me dire que je ne suis pas tellement plus frais que lui sauf que j’arrive encore à courir ! Ultime essai au ravito en bas de la côte et je redégueule tous ce que je peux dans cette côte (équivalent à la côte des bords de marne à gravir 3 fois…. 500m de dénivelé sur le marathon ! Pas vraiment plat). Alors que je suis au plus mal et que je vomis une nouvelle fois à 50m de la station d’épongeage au sommet de la côte, un bénévole s’approche de moi en courant… « Vous voulez que j’appelle un médecin » moment de panique « non, non c’est bon ! » pour que le toubib m’oblige à arrêter, certainement pas... je lui chope son éponge « c’est juste ça dont j’ai besoin ! », me rince la bouche avec (bon c’est l’eau de la Durance mais ça je le sais pas!!!) et je repars, et là c’est que du mental, en courant. Un mec, qui a du voir dans quel état j’étais dans la côte, me dit « tu peux marcher, tu serras finisher ! » et je lui réponds « moi, je respecte la distance et je ne marche pas » et c’est reparti, les seuls fois où j’ai marché c’est aux ravitos et dans cette côte… jusqu’à la fin je vais courir en me répétant en boucle « tu respectes la distance et tu ne marches pas…. » Bon, on se raccroche à ce qu’on peut ! Après la côte, la descente qui m’explose les cuisses, plus de force pour me retenir, elle me fait terriblement mal physiquement. Puis, j’attaque la partie basse du parcours et c’est à ce moment que la nuit tombe rapidement… Pendant 5 bonnes minutes, nous courrons dans le noir complet, l’angoisse de se tordre la cheville dans la partie caillouteuse et montante du parcours (rien ne nous serra épargné!) puis le passage sur la berge avec le risque de tomber dans la Durance ou de se bouffer un VTTiste suiveur à contre sens non éclairé.

Et puis, instant magique, les lampes frontales font leurs apparitions avec les modes « torche » des téléphones et ça c’est sympa quand un mec en VTT te dit « attends ! je t’éclaire la route » et qu’il vide sa batterie de téléphone pour t’éclairer les berges de la rivière. Et j’avance encore et toujours. Petite foulée fracassé. Tu suis les halos lumineux, espèce de guirlande toute illuminée qui t’indique la trace à suivre pour finir cette course de dingues ! A 3 bornes de l’arrivée, j’entends un bruit de fond, c’est le speaker sur la ligne d’arrivée et là purée ça fait plaisir, parce que tu prends conscience que c’est gagné ! A 2 bornes de l’arrivée, les paroles du speaker sont bien audibles et ils annoncent « Encore une grosse dizaine de minutes avant les 16h de course... » Et pourquoi pas, je serai finisher, je serai finisher sans marcher, je serai même finisher sans marcher et classé… ultime défit de la journée, descendre sous les 16h de course et je réaccélère (tout est relatif, on est d’accord!) et franchis cette ligne d’arrivée en 15h59’20 complètement éclaté à 1h15 de cette fameuse barrière horaire. C’est la première fois que je fais 42 bornes sans jamais regarder ma montre tellement l’objectif était de finir. Vince ferra une super course et finira 1h20 devant moi en 14h39.

Chacun a des envies sur la course, pas de M&M’s, j’avais trop le ventre en vrac, mais j’avais envie d’une douche bien fraîche. Je l’ai dis à Maryline sur la course, qui gentiment me déposera par le biais de Vince, sur ma chaise, mes affaires de douche. Je l’ai apprécié cette douche dans le parc à vélo. Je vois Vince qui veut que je fasse le tour du parc à vélo mais franchement j’avais juste la force de retourner à la bagnole, Je l’attends au parking et quand il arrive, je le congratule pour sa superbe course et nous rentrons à l’appart, euphorique par notre course mais la fatigue reprend très vite le dessus et à peine allongé, je m’endors en moins de 5 secondes….

Remerciements

D’abord, remerciements à mes proches et à ma famille,

A Vince qui m’a entraîné dans cette drôle d’aventure, aventure sportive bien évidemment mais surtout humaine puisque nous naviguons tous les deux dans des univers diamétralement opposés et c’est cette course qui nous a rapproché, on s’est tellement entraîné ensemble que j’ai l’impression de le connaître depuis 10 ans ! Et l’histoire est belle car nous sommes tous les deux finishers,

Remerciements à mes collaboratrices qui m’ont permis de me libérer suffisamment de temps sur ces  6 derniers mois.

Remerciements aux Entraîneurs, Christophe pour la technique de natation spécifique au  triathlon et son approche psychologique de l’Ironman, Thierry pour le vélo qui avec son œil d’expert à trouvé que j’ai fais une prépa un peu trop en mode diesel, il a raison et je vais corriger ça et Franck pour la course à pied, pas spécifiquement pour l’Embrunman (le gars ne maîtrise pas des allures aussi lentes!) mais pour l’ensemble de ses entraînements et conseil depuis plus de 10 ans maintenant.

Remerciements également à tous mes partenaires d’entraînement, ils sont nombreux et se reconnaîtrons, l’activité sportive c’est avant tout le partage du plus rapide au plus lent.

Remerciement spécial à 2 personnes : Baptiste « le fort » qui dès qu’il a su que je me lançais dans cette  aventure (je me suis cramé tout seul comme un con!) à été à fond derrière moi, je ne compte pas les innombrables encouragements et SMS en tout genre. Idem pour Haudray qui a pris très régulièrement de mes nouvelles pour savoir comment se passait ma préparation.

La récupération est bonne, nat’ et vélo sont déjà repris. J’attends 3 semaines pour reprendre la CAP, principe de précaution pour laisser le temps au corps de se régénérer et cicatriser, l’important étant de préserver mon capital sportif et il serra temps de repartir sur une nouvelle aventure qui serra le marathon de Valence en novembre prochain.

Enfin, celui qui résume le mieux cette course, c’est encore Vincent qui de retour dans la bagnole me dit « Sur cette course, tout est fait pour te pousser à l’abandon ! C’est ça qui fait qu’Embrun est l’un des triathlons les plus durs du monde »

Pour ma part,  je suis juste content d’avoir finis en respectant la distance et je dirai qu’Embrun est au triathlon (avec Hawaï évidemment) ce que le marathon de New York est à la course à pied, un mythe…. Et j’aurai fini les deux !

 

Fred Sechet